Bardia National Park : à pieds dans la jungle avec les rhinocéros

Ai-je décidé d’utiliser le mot « pieds » dans tous mes titres d’articles ? Non. Par contre après avoir traversé la frontière de l’Inde au Népal (à pieds donc) nous avons fait une halte au Parc National de Bardia dans le sud-ouest du Népal. Quel est le rapport avec les pieds ? Et bien il s’agit de l’un des seuls parcs au monde où l’on peut se balader pépère dans une jungle ouverte par des plaines aux hautes herbes ou des rivières où se baladent tranquillement quelques animaux des « big 5 ». Ici évoluent dans la décontraction (et dans 968 km2, c’est le plus grand parc du Népal) éléphants d’Asie, grand rhinocéros unicornes, des petits ours bruns, deux espèces de crocodiles et bien sur le discret tigre royal du Bengale (avec un nom pareil pourtant…).

mercredi 14 octobre 2015 : on arrive

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Notre bus qui partait depuis la frontière arrive donc à la tombée de la nuit à la jonction la route pour le parc de Bardia. Mais de là, il y a encore 13 km jusqu’aux village en bordure de parc où se situent les lodges. Nous attendons donc un bus pour rejoindre le village, mais avec la crise de l’essence actuelle au Népal et la nuit qui arrive il est très probable qu’aucun bus ne passe. Deux personnes nous parlent de leur lodges et proposent de nous y emmener, mais sans insistance. Nous attendons dans le noir… Krishna (un jeune homme, pas le dieu en personne) discute avec nous dans un anglais parfait et dit qu’il peut nous emmener en moto jusqu’à l’hotel avec un ami à lui (deux motos donc, on ne va pas réitérer notre expérience indienne à trois sur une moto avec les gros sacs) et que l’on n’est pas obligé de rester là où il nous emmène. Comme on ne va pas roupiller au bord de la route avec les léopards qui trainent nous prenons cette option. Je monte avec Krishna et nous voilà déjà sur des pistes dans le noir à traverser des rivières en moto, puis des villages… il me parle de cette crise de l’essence en cours dans le pays. Nous arrivons au lodge et rencontrons le patron, un népalais qui a vécu 9 ans en France et parle la langue de Molière. Après avoir partagé une petite bière avec lui au son des chants Tharus qui donnent un spectacle dans le lodge d’a côté, nous avalons un dal bath et au lit à la lumière de nos lampes frontales : eh oui l’électricité au Népal, ce n’est pas 24h/24.

Jeudi 15 octobre 2015 : day off

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Le lendemain, nous nous reposons de notre périple de la veille où nous avons traversé la frontière Inde-Népal à pieds. Le Barbu va pêcher dans la petite rivière (qui est en fait un canal d’irrigation pour les rizières environnantes) et je me balade un peu dans le jardin, admire ces plantes et arbres tropicaux (Francis Lalanne, le retour). À un moment, je vois mon Barbu bondir dans le potager alors qu’il cherchait des vers de terre : « Un serpent !!! Il est énorme ! ». Ce dernier, aussi surpris que l’humain qui a failli lui marcher dessus, l’a gratifié d’un énorme bond en détendant ses puissants muscles. C’était un gros serpent noir d’entre 5 et 10 cm de diamètre et de bon deux mètres de diamètres.
Le soir sur le petit pont nous avons pu observer avec émerveillement des lucioles et vers luisants.

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Vendredi 16 octobre 2015 : dans la jungle…

Aujourd’hui, on va dans le parc national avec le proprio de notre lodge, Anil qui est aussi guide ainsi que l’un de ses employés qui fera renfort bâton au cas où on fasse une mauvaise rencontre d’un peu trop près (tigre, éléphant, rhino, ours, léopard). Après avoir croisé un éléphant qui part au boulot dans le parc pour récupérer des branches à manger, nous traversons la rivière à la nage à pieds pour rejoindre l’autre rive qui délimite l’entrée du parc et commençons à nous enfoncer dans cette immense réserve : 968 km2 au total ! De plus, en 2010, le gouvernement a créé le Banke National Park, non-accessible aux visiteurs. C’est en quelque sorte un « gift to earth« . Le rassemble des deux parcs a donné la Tiger Conservation Unit (TCU) qui s’étend donc sur 2 231km2 (ça commence à faire de la place !) de grandes herbes et forêts subtropicales et contient quelque 124 plantes différentes, 34 espèces de mammifères, 24 types de reptiles (dont deux crocodiles différents), plus de 300 espèces d’oiseaux, 7 espèces d’amphibien et 58 espèces de poissons (source : ForestryNEPAL). Rassemblés les deux parcs constituent la plus grande zone de conservation du tigre en Asie.

Nous croisons un troupeau de cervidés dans la lumière du matin, avant de frissonner quand nous entendons les hautes herbes bruisser. Nous croisons deux éléphants domestiqués, leurs cornacs sur le dos sur le chemin. C’est si impressionnant de croiser un animal aussi imposant, et à chaque fois que je croise le regard d’un éléphant, je suis prise d’un sentiment inexplicable. Je suis sure qu’ils sont tellement intelligents et sensibles… Et puis à un moment, il faut y aller, on s’enfonce dans des passages dans ces hautes herbes. Parfois, ça sent la charogne, on se méfie, mais finalement à peine nous retrouvons nous sur un chemin de jeep que nous découvrons notre ennemi du jour : nos jambes sont couvertes de sangsues ! On en a même jusque dans les chaussures, à l’intérieur des chaussettes… et moi j‘en trouverai même une sous mon nombril (et je suis grande !). Après avoir décollé nos squatteuses assoiffées, nous grimpons dans une tour d’observation. Ce qui n’est pas l’idée du siècle d’enlever les sangsues car après les piqûres restent super méga longtemps, et grattent vraiment beaucoup. Cela fait exactement un mois aujourd’hui au moment où j’écris ce texte et j’ai encore mes piqûres de sangsues qui me grattent. Mais bon quand on en est couvert on n’a pas trop envie d’attendre qu’elles tombent toutes seules !! Depuis la tour, donc, nous observons beaucoup d’oiseaux, des colorés, des rapaces, des oiseaux d’eau… Notre compagnon de bâton part seul en exploration vers le nord de la rivière pour repérer s’il y a des rhinocéros ou tigres et nous partons nous mettre à l’affût un peu plus bas de la rivière. Après une bonne heure d’attente, un rhinocéros sort des hautes herbes au loin et commence à prendre son bain du matin ! Alors que ce majestueux mammifère se rafraîchit tranquillement, nous sommes rejoints par un autre groupe : un guide, une accompagnante et un voyageur. Nous rencontrons donc Nico, un camarade français. Nous passerons le reste de la journée ensemble en compagnie du staff de son Lodge, super sympa ! C’est à 7 donc que notre équipée repart dans la forêt une fois le rhino reparti brouter dans les hautes herbes. Dans la forêt, les arbres froufroutent, on entend les bruits des branches secouées avant d’apercevoir les singes auteurs de ce remue-ménage. Il s’agit de jolis langurs avec leur pelage blanc et tête noir, toujours aussi altiers (on peut en voir sur mes photos à Hampi). Je reste quelque temps à observer une mère et son petit avant de repartir sur les traces d’un rhino. Nos guides décident alors de nous emmener au bord de la rivière, dans les hautes herbes « carreful it’s dangerous« . Ok ok, on marche donc comme on peux sur les gros cailloux à se débattre avec les hautes herbes sous le cagnard. Dans la boue fraîche, ils nous montrent des tas de traces toutes fraiches de tigre ! Effectivement, on est bien sur son territoire. À un moment, on ne peut plus progresser. Alors on marche entre les hautes herbes et l’eau dans la bouillasse et au bout d’un moment, c’est pareil, on ne peut pas aller plus loin à moins de se frayer un chemin dans les hautes herbes. Mais ça sent fort, une odeur bien prégnante, et on entend une sorte de grognement. Le guide de Nico, qui est en premier, nous dit soudain de faire demi-tour. On a failli tomber nez à nez avec un rhino ! Et c’est une rencontre qu’il ne vaut mieux pas faire, avec les éléphants, ce sont les gros mammifères les plus dangereux dans ces parcs : leurs charges sont terribles ! Nous retournons donc à notre lieu de planque pour voir si on voit le gros matou du coin pointer le bout de ses moustaches à la rivière (les tigres sont très territoriaux et font leurs rondes tous les jours). Après de longues minutes et heures d’attente, nous ne le verrons pas et nous mettons sur le chemin du retour alors que le soleil commence à décliner. C’est alors que nous longeons la rivière que la cuisinière du lodge de Nico nous montre un crocodile ! Elle a l’œil, niveau camouflage, celui-ci est plutôt doué. Mais grâce aux jumelles et à ses mouvements on arrivera à bien le voir. Alors que nous sortons du sentier aux sangsues dans les hautes herbes, je remarque toute une famille de singes marron qui s’agitent dans un arbre ! Pour finir, alors que le soleil nous gratifie de son toujours merveilleux spectacle crépusculaire, nous croisons à nouveau un troupeau de daims… dont le mâle s’enfuit en faisant quelques bonds pour se planquer dans les hautes herbes, laissant le troupeau de femelles et petits à son sort. Quel couard ! Vous pourrez le voir dans ma vidéo du Népal.

éléphant du matin
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argentique // Minolta 404si + Fuji 200

Depuis la tour d’observationF1000001 Petit oiseau ! (oui j’ai le téléobjectif de mon paternel, il dépanne mais ne fais pas de miracles ^^)F1000008

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(retour au numérique) // Pendant notre planque, on en a profité pour observer les insectes !bardia

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Et le voici, au loin, le rhinocéros baigneur ! On aura l’occasion de bien le voir avec les jumelles, mais le zoom de mon appareil photo, ce n’est pas ça. J’ai pris quelques photos au téléobjectif, on verra ce que cela donne quand ça sera développé… En tout cas, c’était un moment magnifique de pouvoir observer ce rhinocéros à une corne sauvage dans ce petit bout de nature totalement préservée de l’homme (à part les visiteurs, mais il y en a relativement peu et ils ne vont pas dans tous les coins du parc).

Photo Minolta dynax 404si + pellicule Fuji 200 (et le développement étrange du labo de Kalkota)

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F1000014 Encore des oiseaux

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tiens tiens qui est passé par là juste avant nous ?bardia tiger printsC’est un bien gros chat en tous cas… le roi de la jungle ici, à savoir le Tigre Royal du Bengale !DSCF7837

Après avoir passé quelques heures à l’affut pour voir ce fameux tigre, il ne nous a finalement pas fait l’honneur de se montrer, mais fouler la même forêt que ces somptueux félins est déjà un honneur/DSCF7847 On repart vers l’entrée du parc. Toujours animée par ma passion des arbres, je vous présente celui-ciDSCF7865 On marche dans les grandes herbes, se parant une nouvelle fois de sangsuesDSCF7862Un troupeau de cervidés salue notre départ avec le coucher du soleilDSCF7872

Après cette longue journée riche en émotions, nous avons le droit à une petite visite du camp des rangers avec la nurserie de crocodiles qui sont censés retourner dans la nature (mais on n’a pas vraiment eu d’explication sur le lieu, notre guide étant pressé) et juste avant nous sommes allés saluer le rhinocéros unicorne en captivité. Ce monsieur est borgne, aveugle d’un œil et s’est retrouvé enfermé après avoir tué des gens dans les villages de la zone tampon entre les deux parcs, où les communautés indigènes Tharu vivent, ainsi que les brahmin, Chhetri, Magar, Tamang, Majhi, and Gurung. Il est donc enfermé dans un grand parc avec une sorte de sanglier où il semble plutôt content (ils ont essayé de le relâcher plusieurs fois, mais incapable de se nourrir seul il revenait au camp apparemment).

La peau de ce beau rhinoDSCF7890 Et ses pieds de dinosaure !DSCF7891

Et en repartant coup de grâce : nous avions aperçu le matin même une petite tête de ce qui nous avait semblé une biche dans la guitoune d’entrée du camp des rangers et nous arrivons à la porte au moment où une dame du village vient nourrir ce jeune captif : il s’agit d’une jeune antilope qui a perdu sa mère et qui est nourrie au biberon. The cute show bonjour !!

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Samedi 17 octobre 2015 : les villages Tharu

Le lendemain, nous partons à la recherche de Nico jusque dans sa Lodge la Anjali’s Dolphins Resort près de la rivière. Sur la route nous découvrons avec merveille les villages Tharu, cette communauté indigène qui vit en majorité de l’agriculture par des petites fermes.

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Au Dauphin, nous retrouvons Nico et Gauthier, le propriétaire français de ce charmant lodge fabriqué avec les matériaux et savoir faire du coin, cela fait 3 ans qu’il habite au Népal dans la région du Terai et est intarissable sur les Tharus, super intéressants (et amusant) ! Après de longues discussions, nous décidons d’aller nous baigner dans la rivière avec Nico. Le soir, nous jouons à son fameux jeu de dés jusqu’au coucher du soleil au bord de la rivière puis allons jouer dans son lodge avec l’équipe, super sympa !

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Samedi 18 octobre 2015 : En route mauvaise troupe !

Samedi, nous nous levons très tôt (trop même, mon portable n’étant pas à l’heure népalaise aha) et retrouvons Gauthier et Nico qui vont nous conduire en jeep jusqu’à la prochaine ville, car il doit aller chercher quelqu’un à l’aéroport. Nous observons donc le lever du soleil sur les cultures de riz et forêts des villages Tharu car il nous emmène à la route principale par un charmant raccourci. Samedi, nous nous levons très tôt (trop même, mon portable n’étant pas à l’heure népalaise aha) et retrouvons Gauthier et Nico qui vont nous conduire en jeep jusqu’à la prochaine ville, car il doit aller chercher quelqu’un à l’aéroport. Et nous faisons une pause sur un grand pont duquel nous ne pouvons non pas un, mais deux immenses crocodiles ! La nature est vraiment incroyablement préservée dans cette partie du Népal. Après une pause thé-sucreries nous finissons par arriver à la ville où Gauthier nous dépose à la station de bus. Nous arrivons à avoir un ticket malgré le festival de Dashain et la pénurie d’essence et sautons vite dans le bus pour Butwal. Le Barbu se retrouve assis au fond coincé au milieu de la banquette entouré d’une bande de souriants Sâdhus et je serai avec Nico juste devant lui, côté couloir l’espace entre les sièges ne me permettant pas d’y faire rentrer mes jambes 😛

A Butwal nous parvenons à attraper assez rapidement un bus pour Tansen et c’est parti pour les routes de montagne jusqu’à cette jolie petite ville très pentue et très calme. Nous y passerons quelques jours avant de nous rendre à Pokhara… 6h30 de voyage sur le toit du bus ! On en a pris plein les yeux mais mes fesses s’en souviennent également.

Notre lodge, très bien pour les petits budgets : le Riverside View Lodge. Le proprio est aussi guide et parle français.

À lire également, le récit de Brice (WorldWideBrice.net) dans le parc où il lui est arrivé une sacrée aventure… je n’en dis pas plus pour lire c’est ici : « Bardia National Park, sur les traces du tigre du Népal« 

Rory, digital native et fouineuse du web, éparpillée mais organisée. Aime beaucoup les jolies choses, quand ça ne dégouline pas. Vagabonde depuis l’âge de 8 mois. Fait des frasques avec ses fidèles réflex argentique et numérique Konika Minolta depuis quelques années, rejoint il y a peu par un polaroid 600 et un lomo La Sardina de Moëbius.
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