Chronique Kolkatienne : mardi dix-sept novembre

On peut faire plus sexy comme titre, mais j’avais juste envie de raconter ma journée d’hier.

Il est six heures et demi. La lumière commence à filtrer dans la chambre d’hôtel et je suis tirée de mon sommeil par le son joyeux des tambours dans la rue, comme les autres matins. Je scrole pinterest à l’infini et met des repères sur mon appli mobile maps.me aidée par google : l’ambassade du Myanmar, notre nouvel hôtel, le magasin de photo pour faire développer mes films… et puis on commande le petit dej’, profitons de cette superbe chambre avec le lit immense et la douche chaude avant de fourrer dans les sacs nos vêtements qui ne sentent pas les roses des champs. Oups, panne d’électricité, tant pis pour l’ascenseur. On fait les photocopies des passeports en bas, le Barbu avait gentiment demandé. Pour imprimer les mails des agences birmanes on va au cybercafé à côté. Les deux monsieurs présents là sont sympa. Pendant ce temps, dehors, le Barbu fume sa clope. Alors que je m’apprête à payer, j’entends qu’il se fait accoster « Hello, I recognise you ! I saw you on TV ! And you were at the pastry shop ! ». Un monsieur, apparemment du quartier a dû voir l’une de nos interview lors de l’hommage aux victimes françaises de la veille sur le parvis de l’académie des arts.

Effectivement, nous passions par là, le 15 novembre, pour la deuxième fois de la journée pour retrouver Pankanj qui a défaut de pouvoir nous héberger sur Couchsurfing a proposé de nous retrouver au Festival du Film International de Kolkata (en VO, le KIFF éhé). Et donc devant l’Académie des Arts il y a un petit parvis sur lequel des gens installent des bougies. C’est alors qu’un dénommé Emanul nous saute dessus et apprenant que nous sommes français tient absolument que nous assistions à l’hommage aux victimes. Ce que l’on fera, nous retrouvant sur la scène. Moi qui aime plutôt me fondre dans la masse c’est raté. Emanul fait un discours, on allume les bougies en face d’une ligne de caméras et appareils photos, ils chantent de jolies chansons. On demande à notre voisin qui sont les organisateurs, il nous dit que c’est pour la paix, mais on ne sait pas trop si c’est de « l’art ou du cochon » car certains tiennent des pancartes écrites en Bengali, et d’autres des inscriptions « ISIS, RSS, NATO, US ». C’est en fait l’association All India Anti-Terrorist Front (AIATF) qui souhaite délivrer un message de paix et d’espoir, sur fond anticapitaliste.  Un photographe prend quinze mille photos d’une petite fille des rues qui a joint la manifestation, allumait des bougies et chantait en coeur avec les autres.

Kolkata Calcutta-13

L’hommage n’est pas fini que déjà des journalistes calepins à la main nous tirent de l’estrade pour nous poser des questions. Comme souvent en Inde, on se retrouve entouré très vite de toute une horde de personnes. Ici des journalistes avec caméras, grosses lampes, micros et tout le tintouin. Mais on s’en sort, on nous pose des questions plutôt simples sur nos ressentis sur les évènements, l’hommage à Calcutta, qu’est ce qu’on fait là et rien sur la politique, on est rassurés. Moi qui suis plutôt à l’aise en anglais, je me suis retrouvée à parfois ne pas trouver de mots pour exprimer mon ressenti quand à cette crise. Le Barbu s’en est bien tiré, mais on se sent peu légitime de parler de cela. Donc du coup voilà comment on s’est retrouvés à passer sur des télé locales et dans certaines feuilles de choux (certaines en ligne – j’ai mis le moins pire, quasiment toutes les autres que j’ai pu trouver ont déformé nos propos).

Kolkata Calcutta-12

Enfin bref malgré tout c’était marrant quand même ce monsieur qui, le sur-lendemain nous reconnait dans la rue et nous salue !

Retournons à notre mardi. Une fois nos impressions pour le visa faites, nous partons à pieds avec nos gros sacs à dos jusqu’au Consulat du Myanmar : après tout Google ne me l’a indiqué qu’à deux kilomètres, pas de quoi fouetter un chat (quelle drôle d’expression). Donc voilà, on marche, c’est un peu long, et finalement, on arrive à mon repère sur la carte et ce n’est pas du tout le bon numéro de rue. On demande aux gens et en fait, il faut rebrousser chemin. Le numéro 62 de la Ballygun Circular Road est le plus long numéro 62 que je n’ai jamais vu avec au moins 19 « bis ». Et finalement après avoir rebroussé l’intégralité de notre chemin et se faire confirmer la route par bon nombre de personnes croisées, nous avons fini par trouver… et c’était à 200 m de notre hôtel. Maudissant Google, nous pénétrons dans le bureau de demande de visa. Il est 11h30 et normalement le bureau ferme à midi.

Problème : il faut une photo d’identité. Pourtant, j’avais appelé la veille pour demander les pièces à apporter et avais fait confirmer par trois fois à mon interlocutrice qu’il ne fallait pas de photo d’identité… Mais bon. Il reste une photo au Barbu, mais pas à moi. Désespérée, je farfouille les poches de mon sac à dos, et fini par y dégoter ma carte jeune de la SNCF (BEN QUOI? Ça peut servir pour les trains kirghizes, on ne sait jamais ?!). Je lui montre la photo (mais il y a le scotch SNCF dessus) et rien à faire elle me dit qu’il faut que j’aille en faire une. Il y a un photographe, pas loin genre 550 m selon elle. Ses explications n’ont ni queue ni tête et son « plan » est juste inutile, mais elle est très gentille et y met de la bonne volonté (Nota du Barbu, l’accent anglais à Calcutta est infernal). Épuisés de nos 4 km à pieds avec mon gros sac qui a fini par me scier une hanche en deux, je me met néanmoins en route avec l’énergie du désespoir. Évidemment, elle m’a dit d’aller à droite, mais mon petit doigt me disait que c’était l’inverse qu’il fallait faire, mais trop tard, j’ai déjà bien marché. Je demande où est le « Law College » (un point de repère donné par la dame) aux passants, finis par le localiser avec mon téléphone et me fais confirmer que c’est bien dans l’autre sens… Il me faut donc retourner dans la rue de notre hôtel. Ce qui me demande un effort surhumain, car je déteste retourner sur mes pas. Je suis une pro de l’optimisation d’itinéraire. Par paresse, par logique, par principe, pour l’amour du geste. Je demande à un monsieur sur la route « hazra law college? » trois fois, il ne comprend pas… il finit par me dire « aah law college? »  (Barbu : Accent !) avec exactement la même prononciation que moi et me confirme que je vais bien dans le bon sens. Il me reste alors 15 mn pour trouver le magasin, faire les photos et retourner à l’ambassade. Les doigts dans l’nez. Je dépasse la fac, fais demi-tour, repaire le magasin photo qui est… fermé ! M’engage dans une petite rue où il y a un placard shop Xerox-photocopies-« lamination » (mais qu’est-ce que c’est, un endroit où l’on se fait laminer ?) et demande à l’aide. Ces petits monsieurs bien gentils disent qu’ils ont une solution miracle et vont me scanner une photo. Or je n’ai que celle de mon passeport sur moi, voyant qu’il y a des filigranes, ils se rendent compte que non en fait ce n’est pas une bonne idée. Je les remercie chaudement pour leur aide, et repars bredouille mais EN OPTIMISANT MON ITINERAIRE.

J’arrive donc à 11h59 (c’est vrai, je suis aussi une folle de la ponctualité) au bureau pour leur annoncer la nouvelle. Finalement, je décide de ressortir ma photo de ma carte jeune et miracle, j’arrive à enlever le scotch SNCF sans abîmer la photo. La petite dame voit bien tout le mal que je me donne et après concertation avec ses collègues, elle accepte ma photo SNCF. J’ai des chatons qui brillent dans les yeux. On apprend que leur pause dej est à 12h30 donc il me reste quelques minutes pour remplir mon formulaire et finir d’écrire la lettre avec notre trajet (totalement improvisé sur ce bureau avec ma carte sur le portable et les noms de lieux/villes que j’ai repérés) ainsi que les infos que j’ai eu grâce aux agences de voyages pour le permis spécial qui permet de passer la frontière terrestre. Nous rendons nos copies à 12h28, la madame lit la lettre sans faire de gros yeux donc on a bon espoir. Nous versons monnaie sonnante et trébuchante (et tirons la chevillette et la bobinette cherra).

Rory, digital native et fouineuse du web, éparpillée mais organisée. Aime beaucoup les jolies choses, quand ça ne dégouline pas. Vagabonde depuis l’âge de 8 mois. Fait des frasques avec ses fidèles réflex argentique et numérique Konika Minolta depuis quelques années, rejoint il y a peu par un polaroid 600 et un lomo La Sardina de Moëbius.
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3 commentaires pour “Chronique Kolkatienne : mardi dix-sept novembre

  1. Ouh la la que d’aventures aujourd’hui ! J’imagine tellement cette énergie du désespoir, pour l’avoir vécue plus d’une fois… je me vois tellement à faire ça, mais je suis très têtue et sûre de moi, généralement quand j’optimise un trajet et que je suis sûre du parcours, c’est toujours un moment difficile à vivre à deux quand on doit avouer que l’on s’est planté, mais au final c’est tellement ça le voyage… des plans imprévisibles et des galères épuisantes, mais dont le dénouement est toujours un doux plaisir. Ce sont ce genre de péripéties qui font le voyage, et quel plaisir au final quand la journée se termine… En tous cas vous êtes des vedettes maintenant, si ça c’est pas la classe 😀
    Bonne continuation à vous deux, prenez soin de vous

    1. Merci pour ce gentil commentaire ! Oui c’est aussi ça le voyage, disons se remettre en question un peu plus souvent que d’ordinaire je suppose 😉 Mais quelle journée oui, j’en garderai un bon souvenir.

  2. eh beh, j’espère qu’il vous reste des semelles pour la suite car le bitume ça use plus que de marcher dans la campagne, c’est comme les fers pour les chevaux!!!
    Gros bisous et bonne nuit, jour!

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